
Pourquoi « la nouvelle France agricole » risque de se faire attendre
Mais le projet de loi alimentation voté à l’Assemblée le 30 mai (par 339 voix contre 84 et 130 abstentions) est la cible de nombreuses critiques. Elles pointent des promesses électorales non tenues et le poids des lobbys de l’agro-industrie dans le rejet de nombreux amendements, y compris ceux déposés par des députés LREM. Le recul le plus écologiquement sensible concerne le glyphosate que le candidat Macron avait promis d’interdire dans les trois ans, et qui continuera d’être utilisé, faute de substitut.
Le ministre de l'Agriculture concède que «tous les désaccords n'ont pu être levés», mais préfère mettre en valeur les acquis, tels la révision des prix aux agriculteurs, le relèvement du seuil de revente à pertes, l’introduction du bio dans la restauration collective, l’étiquetage des produits... Cependant, à l’exception notable de la FNSEA, le syndicat majoritaire des agriculteurs, qui se dit « satisfait à 80%», les autres associations agricoles, rurales, environnementales, font part de leur déception avec plus ou moins de virulence. Elles souhaitent, à l’instar de Familles Rurales, que « la poursuite de l'examen du texte au Sénat (à une date qui n’est pas encore fixée) permette des avancées afin que cette loi ne devienne pas une occasion manquée».
Mais la Loi alimentation est-elle récupérable ? Non, pour Laurent Pahpy, expert de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF), car elle ne sort pas l’agriculture française du dirigisme et du joug administratif. Pour l’IREF, il faut considérer enfin les agriculteurs comme de véritables entrepreneurs en les libérant des carcans réglementaires et corporatistes tout en réduisant progressivement les subventions de la PAC. Enfin, les organismes publics et parapublics (chambres d’agriculture, interprofessions) devraient être privatisés et mis en concurrence. Rien de tout cela, déplore-t-il, ne se retrouve dans la Loi alimentation.