
Mères porteuses, le nouvel esclavage
Aucune de ces femmes n’a fait des études supérieures. Leurs revenus familiaux se situent entre 3 000 et 6 000 roupies par mois, soit 50 et 100 euros. Pour une gestation pour autrui, elles touchent environ 3 500 euros (250 000 roupies), soit l'équivalent de trois ans de salaire. Les "parents", eux, doivent débourser environ 1,1 million de roupies (environ 18 000 euros)… "En Inde, il n'y a pas réellement de sécurité sociale. L'argent est donc la motivation première. Elles font souvent le calcul, pour savoir combien de grossesses elles devront réaliser avant d'être complètement à l'abri des difficultés économiques. Les cliniques les encouragent d'ailleurs, après la première GPA, à continuer. Souvent, elles savent les persuader en ciblant expressément des femmes qui ont vraiment besoin d'argent."
Des femmes également choisies en fonction de leur disposition à abandonner le bébé sitôt après la naissance ! Dans certaines cliniques, on ne recrute que des femmes à la peau claire, et des critères de beauté ont été introduits. Quant aux "surrogacy homes", ces foyers pour mères porteuses, ce sont en fait de vraies prisons, les liens avec la famille étant même coupés tout le temps de la grossesse. "En réalité, explique l’auteure de cette enquête, les conditions de vie dans ces foyers sont une violation flagrante des droits de l'homme: toute activité autre que liée au bon déroulement de la grossesse est bannie."
Quid de l’intérêt d’une légalisation de la pratique des mères porteuses ? "Même légale, elle s'accompagne de pratiques terribles, souligne Sheela Saravanan. En 2013, de très jeunes femmes venues des régions les plus pauvres d'Inde ont été enlevées, échangées, violées et forcées à devenir mères porteuses. Une jeune fille a notamment été forcée d'accoucher à six reprises après son enlèvement, à l'âge de 13 ans ! Il y a de très nombreux trafics similaires en Inde, avec des femmes venues souvent du Népal ou de Thaïlande. J'appelle donc à une interdiction mondiale de la gestation pour autrui, car c'est une pratique inhumaine tant à l'égard de la mère porteuse que pour les enfants, privés de vérité biologique sur l'identité de leur maman. Les droits des parents d'intention ne doivent pas l'emporter sur ceux de la mère.