
Jérôme Salomon étrillé par le Sénat
Pour des motifs purement budgétaires, le directeur général de la Santé (ex-conseiller santé du candidat Macron durant la présidentielle) n'a pas suivi les recommandations de l’expert (Jean-Paul Stahl, professeur de maladies infectieuses au CHU de Grenoble) qui préconisait la constitution d'un stock d'1 milliard de masques sur la base de 50 masques par foyer de Français « en cas d’atteinte de 30% de la population ». L’intervention de Jérôme Salomon auprès du directeur de Santé Publique France visait à… masquer l’énorme décalage entre le milliard de masques recommandé par les experts et les 100 millions effectivement commandés par l'État (50 millions dans un premier temps + 50 millions en fonction des capacités budgétaires). Alors que le rapport initial préconisait la constitution d’un stock stratégique de 1 milliard de masques, le document définitif publié en mai 2019 sur le site de Santé publique France, après l’intervention de Salomon, n'évoque plus que 100 millions de masques. « L’analyse de courriels échangés entre la direction générale de la santé et Santé publique France atteste d’une pression directe de M. Salomon sur l’agence afin qu’elle modifie la formulation des recommandations de ce rapport avant sa publication au grand public » dénonce le rapport sénatorial. En outre, Jérôme Salomon n’aurait pas jugé utile d’alerter sur la pénurie de masques le ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn (sur le départ dès le 15 février pour se lancer aux municipales à Paris, « à la veille d’un épisode épidémique majeur » relèvent les sénateurs). Le rapport sénatorial pointe « une pénurie sciemment dissimilée » par le gouvernement puis les tentatives du ministre de la Santé, Olivier Véran, d’en faire porter l’entière responsabilité sur les gouvernements précédents.
Si les sénateurs n’entendent pas faire traduire Jérôme Salomon en justice, leur enquête a fait réagir le « collectif C19 » qui rassemble quelque 600 professionnels de santé dont une majorité de médecins. Ils exigent que le parquet de Paris auditionne en urgence le directeur général de la Santé pour sa responsabilité présumée dans la pénurie des masques. Il s’agit d’une requête complémentaire dans les enquêtes sur la gestion de la crise sanitaire ouvertes par le parquet de Paris et la Cour de justice de la République après les plaintes de ce même collectif C19. L’avocat du collectif, Me Fabrice Di Vizio, vise non seulement l’audition du directeur général de la santé par le parquet de Paris, mais sa mise en examen pour faux témoignages devant la commission d’enquête parlementaire. Lors de son audition en septembre 2020 devant le Sénat, le directeur général de la santé s’était appuyé sur le rapport Stahl falsifié « pour justifier l’inutilité de constituer un tel stock et la pertinence de n’avoir commandé que si peu de masques en octobre 2018 » constatent les sénateurs. Par-dessus le marché, relève le rapport, les masques n’ont été commandés que huit mois plus tard, dans l’urgence, et à un tarif exorbitant. Serait-il concevable que le directeur général de la Santé reste en fonction après les révélations de la commission d’enquête du Sénat ?