Politique

L'Union européenne et la Roumanie, chronique d'une ingérence annoncée

Par Raphaël Lepilleur. Synthèse n°2430, Publiée le 21/03/2025 - Photo : Arrivé quatrième au premier tour des élections annulées de décembre 2024 en Roumanie, George Simion a repris le flambeau du camp souverainiste
Crédits : Shutterstock
La Roumanie traverse une crise politique majeure. L'annulation du premier tour et l'invalidation des candidatures souverainistes interrogent sur l'état de sa démocratie. Derrière une façade institutionnelle, les décisions judiciaires et les pressions européennes façonnent une Europe où toute opposition au projet fédéraliste semble disqualifiée, jusqu'à nier la volonté même du peuple.

Pour être en mesure d'appréhender la crise, il faut d'abord comprendre le système électoral roumain et ses différents acteurs. Pour se présenter, un candidat doit être roumain, avoir au moins 35 ans et recueillir 200 000 signatures de soutien de citoyens. Son dossier est ensuite soumis au Bureau Électoral Central, l'instance qui supervise l'élection et qui est composée de juges, désignés par tirage au sort, ainsi que de représentants des partis politiques parlementaires. Il peut refuser une candidature. Toutefois, un candidat recalé peut contester cette décision devant la Cour Constitutionnelle de Roumanie (CCR), qui a le pouvoir ultime en matière électorale. Elle est composée de neuf juges nommés pour neuf ans, trois désignés par le Président, trois par la Chambre des Députés et trois par le Sénat. 

La CCR est dirigée par Marian Enache, un magistrat et homme politique, ancien membre du Front de Salut National, parti d'extrême gauche fondé par Ion Iliescu (ex-cadre du parti communiste de Ceausescu, poursuivi pour crime contre l'humanité pour son rôle dans la répression post-révolution de 1989).

Sur les huit autres membres de la CCR, dont les profils détaillés sont accessibles sur cette page officielle, quatre sont indéniablement pro-UE, pro-OTAN et affiliés aux cercles politiques atlantistes, un autre appartient à un parti allié aux gouvernements pro-UE, tandis que les trois derniers sont directement liés au Parti Social-Démocrate (successeur direct du Parti Communiste Roumain). Après une analyse factuelle de leurs parcours, il apparaît donc que cet organe clé du pouvoir est dominé soit par des magistrats europhiles alignés avec Bruxelles, soit par des héritiers directs de l'ancien appareil d'État du dictateur communiste Ceausescu. L'instance porte aussi le sceau du Parti National Libéral (de l'ex président Klaus Iohannis), qui siège au sein du PPE d'Ursula von der Leyen.

Les dernières élections présidentielles ont vu Călin Georgescu, candidat indépendant et anti-système, arriver en tête du premier tour avant que la CCR n'annule le scrutin pour des « soupçons d'ingérence russe », sans qu'aucune preuve matérielle irréfutable n'ait été apportée à ce jour. Sa candidature pour 2025 a ensuite été invalidée sur la même base, une décision saluée par l'UE, qui a ainsi approuvé l'éviction d'un candidat lui étant hostile. Par la suite, le pays a été secoué par des émeutes et une contestation populaire massive et sévèrement réprimandée.

Georgescu a été accusé d'avoir mené une campagne clandestine sur TikTok, rémunérant des influenceurs pour diffuser des messages patriotiques et conservateurs, le tout amplifié par des bots. À l'inverse, Elena Lasconi, arrivée deuxième, a bénéficié d'une couverture médiatique massive (l'opposition l'accuse d'avoir été largement portée par des médias financés notamment via USAid et des organisations soutenues par le milliardaire George Soros), du soutien officiel de Mr Macron, de l'UE et d'un narratif politique jugé homogène, la présentant comme le seul choix démocratique face à l'extrême droite.

Le 12 mars, le sénateur Andrei Dîrlău a dénoncé une supposée ingérence de la France dans l'élection roumaine, interpellant le ministre des Affaires étrangères sur la visite controversée de l'ambassadeur Nicolas Warnery à la CCR, juste après l'annulation du scrutin. Il accuse Emmanuel Macron d'avoir affirmé sans preuve que la Russie aurait truqué les élections roumaines. Il cite aussi Thierry Breton, qui a déclaré : « Nous l'avons fait en Roumanie et nous le ferons en Allemagne si nécessaire », confirmant l'implication directe de l'UE dans les scrutins nationaux. Il termine en posant une question cinglante : « La Roumanie est-elle devenue une colonie de la France ? ».

Après Georgescu, c'est Diana Șoșoacă, eurodéputée élue par le peuple, qui a vu sa candidature invalidée sans explication claire. Dans un entretien accordé au média Témoin, elle déclare qu'aucune infraction concrète ne lui a été reprochée et qu'aucune justification détaillée n'a été fournie. Elle dénonce une censure et une purge visant à éliminer toute alternative souverainiste, afin de garantir la victoire d'une figure conforme aux attentes de Bruxelles.

Désormais, les regards se tournent vers George Simion, arrivé quatrième au premier tour des élections annulées, il reprend le flambeau du camp souverainiste. Avec l'élimination de ses concurrents, un report massif de voix en sa faveur est probable. Sa candidature a été officiellement validée le mardi 18 mars, après une forte mobilisation populaire et médiatique. Il a déclaré : « Aujourd'hui, la Roumanie et l'Europe ont fait un pas en avant pour la démocratie. Le droit fondamental de se présenter aux élections a été rétabli. Cependant, nous restons vigilants. Nous craignons toujours que la Cour Constitutionnelle ne trouve un moyen de bloquer ma candidature ». Il est aujourd'hui numéro 1 dans les intentions de vote, selon un sondage publié par Europe Elects le 14 mars dernier et dans lequel Mme Lasconi dépasse de peu les 4%. Une interview du candidat en français, est à retrouver en sélection.

Néanmoins, selon le rapport « Liberties 2025 » sur l'état de droit, la Roumanie figure parmi les cinq pays responsables du « déclin de la démocratie », un rapport réalisé sous l'égide de l'ONG Liberties, cofondée par l'Union européenne.



La sélection
Interview exclusive avec george simion : le futur président roumain ?
Regarder la video sur la chaine youtube d'Omerta
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1 commentaire
François
Le 21/03/2025 à 22:41
Les masques tombent. Si l'on devait invalider toutes les élections entachées d'ingérance, plusieurs présidents européens y passeraient, et pas que dans l'Est...
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