
En Angleterre, un mufti va superviser toutes les écoles
Robe blanche, regard sombre, longue barbe en bataille : Mufti Hamid Patel – on l'appelle aussi comme ça – ne se cache pas sous son turban, c'est le moins qu'on puisse dire. Comme si de rien n'était, il présidera l'Ofsted par intérim, pour six mois, le temps qu'un président titulaire soit désigné à son tour. Hamid Patel succède à une femme, Dame Christine Ryan, qui quittera ses fonctions fin mars. Business as usual.
Outre-Manche, l'affichage communautaire valorise, alors que, chez nous il pénalise encore, à l'image de la proposition de loi du sénateur Michel Savin (LR), prompt à interdire le port de signes religieux dans l'ensemble des compétitions sportives y compris au niveau amateur.
Hamid Patel est né et a grandi en Grande-Bretagne. Ses parents, originaires de Bharuch (Gujarat, Inde), s'y installent à la fin des années 70. Issu d'une famille de cinq enfants, il quitte l'école de Blackburn (Lancashire) à l'âge de 16 ans, rêvant de devenir footballeur. Il sera mufti et enseignant. En 2010, il prend la direction de Star Academies (rien à voir avec l'émission de TF1 !), anciennement Tauheedul Education Trust. Cette « multi-academy trust » (MAT) chapeaute 36 établissements, situés pour la plupart dans des zones dites « défavorisées ». En 2019, Hamid Patel entre au conseil d'administration de l'Ofsted. En 2023, cinq écoles Star se placent dans le palmarès du General Certificate of Secondary Education (GCSE), équivalent du bac. En 2024, trois écoles Star figurent parmi les dix meilleurs établissements du pays. L'école Olive de Bolton se classe au sixième rang des écoles primaires du Nord-Ouest. Parmi les plus performantes figurent l'école Olive de Small Heath, l'école Olive de Blackburn et l'Eden Girls' Leadership Academy de Birmingham. Le Sunday Times récompense l'école de filles que Hamid Patel dirigea à Blackburn : elle est désignée « école secondaire confessionnelle d'État de l'année 2025 ». Une consécration !
Faut-il voir dans la nomination de Hamid Patel une forme d'assimilation ou d'islamisation ? En reconnaissance de ses services à l'éducation, Hamid Patel est fait Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique en 2015, puis chevalier lors des Queen's Birthday Honours en 2021. Il est également vice-président de l'Institut national de l'enseignement et professeur honoraire d'éducation à l'Université de Birmingham. En 2023, il représente la communauté sunnite au couronnement de Charles III. Le sir sert le sire.
Pourtant, le personnage est controversé : quand Hamid Patel dirigeait un lycée musulman pour filles dans la région de Manchester, l'établissement, rapporte Le Figaro, « est devenu l'un des premiers en Angleterre à encourager ses près de 800 élèves, dans son règlement intérieur, à porter le hijab en classe et en dehors de l'école. (…) Le règlement prévoyait que les élèves récitent le Coran au moins une fois par semaine et interdisait les fournitures scolaires présentant des « images non islamiques » comme des photos de pop stars. L'école a aussi été critiquée en 2010 pour avoir reçu un religieux saoudien, Abdul Rahman al-Sudais, connu pour ses propos violemment antisémites. » Pour se justifier, note la journaliste Jeanne Smits, « Sir Hamid Patel avait déclaré en 2013 : "Les filles avaient envie de voir ce type qui a cinq millions de followers". Elles l'avaient vu sur YouTube. Il est resté 20 minutes ». Dont acte.
Pourquoi tant de reconnaissance ? Cette question amène à s'interroger sur le caractère orienté des évaluations de l'Ofsted. Jeanne Smits souligne qu'en 2014, « l'organisme avait déclassé une école chrétienne parce qu'elle n'a pas invité d'imam ». La même année, « une école de village à Market Rasen (104 élèves) s'était vue refuser le passage à la note "excellent" pour n'avoir pas assez d'élèves noirs ou asiatiques (…). Son directeur avait plié en décidant d'emmener les écoliers en visite scolaire dans une mosquée… En 2017, une école confessionnelle juive orthodoxe de Hackney (Londres) avait été rappelée à l'ordre par Ofsted parce qu'elle ne prévoyait rien dans son programme éducatif au sujet de l'orientation sexuelle ou de la réassignation de genre. »