
Syrie : les Chrétiens entre le marteau turc et l’enclume kurde
Les Kurdes sont musulmans sunnites à 80%. Les 20% restant forment un patchwork religieux où s’entremêlent adeptes du yârsânisme, du yézidisme, du zoroastrisme, de l’alévisme…plus des Juifs et des Chrétiens … Mais la majorité musulmane kurde a périodiquement interrompu la cohabitation avec les Chrétiens par de violentes persécutions. La plus effroyable des temps modernes fut leur participation comme supplétifs des Turcs au génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens en 1915. Depuis, dans les régions du sud-est de la Turquie, du nord de la Syrie ou d’Irak, où ils étaient majoritaires, quand ils avaient les mains libres, les Kurdes ont pratiqué plus ou moins violemment l’épuration ethnique dont ils sont à présent victimes de la part des Turcs (le plan d’Erdogan est d’installer dans ce réduit kurde, quelque trois millions de réfugiés arabes sunnites). Même les Arabes syriens sunnites ont été victimes de cette épuration kurde, d’où l’absence de résistance observée ces derniers jours dans certains villages arabes investis par l’armée turque ou par leurs supplétifs. En Syrie sous Assad, comme d’ailleurs en Irak du temps de Saddam, c’était le pouvoir central issu du parti Baas, contrôlé en Syrie par le clan Assad appartenant à la minorité alaouite (une secte chiite hétérodoxe), qui protégeait les chrétiens non par une dilection particulière à leur égard, mais par un jeu d’équilibre entre les minorités permettant de se maintenir au pouvoir.
Au nord de la Syrie, dès 2012, les Kurdes ont mis à profit les déboires de l’armée régulière syrienne face aux islamistes pour autoproclamer leur autonomie dans le Rojava. Or c’est une région où subsistent des Syriaques catholiques et orthodoxes, et où des chrétiens fuyant Daesh ont trouvé refuge. Mieux valait pour eux cohabiter avec des Kurdes que de supporter l’oppression de l’Etat islamique. Mais cela ne leur a pas épargné vexations et menaces, parfois aussi des affrontements entre leurs milices et les milices kurdes de l’YPG, en particulier dans les villes d’Hassaké et de Qamichli. L’intervention ces derniers jours de l’armée syrienne pour contrer les Turcs au nord de la Syrie est donc a priori une bonne nouvelle pour les minorités qui peuvent nourrir l’espoir de retrouver la protection que leur offrait jadis Damas. Notons que la réconciliation entre Damas et les Kurdes, contraints de renoncer à leur indépendance pour bénéficier du protectorat syrien, est le fruit de la médiation de Vladimir Poutine : encore un coup de maître du stratège du Kremlin !